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Evolution du métier d’enseignant

 

Le Président du SNE, Jean-Claude HALTER, a été reçu le 4 octobre 2007 par les membres de la “Commission POCHARD”. Quelques points fondamentaux concernant nos attentes et nos revendications ont été présentés.

Il n’y a plus depuis longtemps UN métier d’enseignant mais une grande diversité y compris dans le premier degré : adjoints maternelle ou élémentaire, directeur, professeur spécialisé, professeur maître formateur, conseiller pédagogique, spécialistes LV, remplaçants etc. Chaque métier a ses spécificités et la sacro-sainte polyvalence est de plus en plus une vue de l’esprit.

Grande révolution à partir de la loi Jospin (1989) préconisant les cycles, les projets d’école, la remédiation individualisée, les RASED et autres. L’essentiel de ces prescriptions qui devaient transformer l’école et les fonctionnements ont échoué ou ne sont même pas en place sur le terrain (en conférence pédagogique on parle cycles et projets et sur les rapports d’inspection, on voit la classe, la classe et encore la classe comme au bon vieux temps). La création du corps des Professeur des Ecoles (PE) n’a rien changé, même avec le formatage systématique dans certains IUFM pour fabriquer le « PE nouveau » à l’opposé du vieil instituteur. Le résultat est que le PE est en porte-à-faux en permanence entre les Instructions Officielles d’une part et sa pratique individuelle doublée des pratiques collectives de l’école d’autre part sans oublier les insupportables pressions de certains IEN.

Notre société a évolué, les rapports entre les personnes ont changé. Les enseignants tout comme l’institution souffrent d’un manque de respect flagrant. Sur une période assez longue on constate que les élèves sont de plus en plus difficiles, agités, peu disciplinés et qu’ils considèrent de plus en plus l’école comme un autre centre de loisirs. Il faut que l’enseignement soit ludique, demander des efforts est désormais incongru.
Dans le primaire, et surtout en maternelle, nous sommes en contact direct et continuel avec les parents de nos élèves. On note qu’ils sont de plus en plus consommateurs voir même prescripteurs. Cela conduit à une aggravation des conditions de travail. Ainsi, même si l’encadrement s’est amélioré en 30-40 ans, il est souvent plus difficile de faire classe à 25 aujourd’hui qu’à 40 autrefois.

Les missions des enseignants ont évolué, à la transmission des savoirs, se sont malheureusement ajoutés, voire substitués parfois celles laissées vacantes par trop de familles, celles d’assistant social, celles de juge de paix.
Les PE sont de plus en plus seuls face aux familles pour assumer les défaillances, les incohérences et les faiblesses de l’institution scolaire qu’il s’agisse de l’absence de certains professionnels (médecin, infirmière, RASED, remplaçants, directeur titulaire) de l’échec important de l’apprentissage de la lecture, de l’absence de soutien, de structures pour les handicapés ou encore d’évaluations nationales affligeantes comme en CM2 cette année.

D’un point de vue psychologique, les mises en cause des PE par les parents et par la hiérarchie, elle-même, ont réussi à faire douter. Ceci est destructeur mais, en plus, pose le problème de l’assurance et de la confiance que tout professionnel devrait avoir quand il exerce. Je ne parle pas des agressions physiques et verbales qui conduisent à l’accroissement de l’absentéisme et qui découragent les PE, victimes pour longtemps, car l’impression d’impunité du délinquant prévaut parallèlement à une non prise en compte par la hiérarchie (loi de 1983 peu appliquée) et par la société (difficultés pour déposer plainte et obtenir condamnation).

La rotation infernale des programmes depuis 1970 (1970-1978-1985-1995-2002-2007), le rajout continuel de disciplines, conduisent à déstabiliser les professionnels des différents métiers de l’éducation car à cela s’ajoutent les Instructions officielles fluctuantes sur le sport, les LV, les LR, la lecture, le calcul mental, la culture sans oublier les horaires (30 puis 27, puis 26 et maintenant 24 heures). D’après le rapport FERRIER, l’équivalent d’une année entière d’heures de français a été perdu en 35 ans !

Ce qui rend également difficile l’exercice des métiers c’est l’attitude de la hiérarchie, des pédagogistes et des « expertocrates » qui ont décidé une fois pour toutes que l’échec A l’école était l’échec DE l’école ; les « moutons noirs » n’utiliseraient pas de bonnes méthodes. L’échec massif (40% selon le HCE) en fin de CM2 prouve que les fourvoiements viennent de haut. Ainsi après avoir accusé les programmes, on accuse le dernier maillon de la chaîne : le PE et ses méthodes. Ceci est très difficile à vivre pour un PE, pris entre parents et Inspecteurs de l’Education Nationale (IEN).

Pour mieux fonctionner, l’école a besoin non pas de moyens supplémentaires en personnels mais :

  • Que la hiérarchie directe nous fasse confiance et nous considère comme des partenaires et des collaborateurs et non comme des subalternes.
  • Que le PE soit libre de choisir sa pédagogie dans le respect des programmes officiels.
  • d'une accalmie dans les innovations, réformes, corrections, refondations, prescriptions et instructions qui rendent l’institution illisible et incompréhensible tout en laissant les seuls PE en première ligne sur le terrain.
  • d'une meilleure répartition des personnels.
  • d'un véritable pilotage de l’école de l’intérieur quand elle sera un établissement « tenu » par un Directeur reconnu.
  • d'une autonomie relative de cet établissement public du premier degré en lieu et place de la double tutelle Mairie-IEN qui ne fonctionne pas ou plus et par un transfert de certaines responsabilités de l’IEN vers le Directeur.
  • d'une redéfinition des métiers de l’éducation dans le primaire sans nécessairement créer des corps sauf pour les Directeurs qui pourraient être intégrés à celui des personnels de Direction.
  • de salaires très revalorisés en indice pour qu’un PE (bac+4, voire +5) puisse soutenir la comparaison au moins avec un BTS (bac + 2)
  • d'une véritable perspective de carrière avec des grilles différenciées et attractives pour les différents métiers du 1er degré.

Vidéo de l'audition de la délégation CSEN menée par B. KUNTZ

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