Donner à chaque enfant les clés du savoir
et les repères de la société dans laquelle il grandit
est la première exigence de la République et l’unique
ambition de l’école primaire.
Avec l’unification et l’allongement des parcours scolaires,
la spécificité de l’école primaire s’est
estompée. Elle a cessé d’incarner à elle seule
l’idéal scolaire. Mais son rôle n’en est pas
moins devenu déterminant dans la réussite scolaire des élèves
jusqu’au terme de la scolarité obligatoire, et même
au-delà. L’école primaire n’est pas une simple
étape de la scolarité : c’est la clé du
succès de toutes les autres.
C’est à l’aune de ce constat qu’il convient de
tracer un nouvel horizon pour l’école primaire. Elle doit
permettre à chaque élève d’acquérir
le socle commun de connaissances et de compétences déterminé
par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de
l’Ecole du 23 avril 2005, et qui constitue un ensemble incontournable
pour obtenir ensuite une qualification professionnelle ou poursuivre des
études supérieures.
Il est donc nécessaire de réaffirmer avec force les objectifs
centraux et les contenus d’enseignement de l’Ecole primaire,
d’en mesurer et d’en connaître les progrès et
les réussites, de permettre à cet immense réseau
d’instruction et d’éducation de s’organiser au
plus près des besoins des enfants et des familles et, enfin, de
permettre des investissements de long terme pour l’amélioration
de la qualité de son service.
1°) Redéfinir les objectifs de l’école primaire :
1-1 L’école primaire
est la première étape de la scolarité obligatoire :
sa mission centrale est de préparer tous les élèves
à réussir leurs études au collège. Or aujourd’hui,
comme l’a récemment noté le Haut Conseil de l’Education,
15% des élèves quittent l’enseignement primaire en
situation d’échec lourd.
La première étape de cette nouvelle ambition sera de diviser
par trois, d’ici la fin de cette mandature, le nombre d’élèves
en situation d’échec lourd. C’est le premier
objectif de ce projet pour l’Ecole primaire.
1-2 Pour cela, nous devons
nous attacher à faire diminuer significativement le taux
de redoublement à l’école primaire. Aujourd’hui,
18% d’une classe d’âge a redoublé au moins une
fois pendant le cycle élémentaire. Or nous savons que le
redoublement précoce n’a aucun impact positif sur la poursuite
de la scolarité d’un élève.
Cette priorité est d’autant plus forte que le redoublement
varie fortement selon l’origine sociale des élèves.
3% des enfants d’enseignants et 7% d’enfants de cadres ont
redoublé au moins une fois à l’école primaire,
contre 20% des enfants d’ouvriers et employés et 41% d’enfants
de ménages inactifs.
La réussite scolaire ne doit plus être la conséquence
des inégalités sociales. C’est le rôle
de l’Ecole de mettre fin à cette disparité. Pour cela,
en investissant sur ceux qui en ont le plus besoin, dans 5 ans,
la proportion d’élève ayant redoublé une fois
à l’école primaire devra diminuer et être inférieure
à 10 %, quelle que soit l’origine socioprofessionnelle des
familles lorsque ce n’est pas déjà le cas
aujourd’hui.
1-3 Enfin, il faut distinguer plus clairement les deux temps de l’école : le temps de la transmission des savoirs au service de l’acquisition par tous les élèves des apprentissages fondamentaux et le temps de l’accompagnement éducatif. L’école reçoit de nombreuses sollicitations qui, pour avoir un intérêt éducatif global, empiètent par trop sur le temps qui doit être consacré aux apprentissages fondamentaux.
2°) Donner à l’école des programmes et des horaires recentrés sur des objectifs clarifiés :
Les programmes scolaires doivent pouvoir être lus et compris de tous. Ce n’est pas le cas des programmes actuels dont la dernière révision pour intégrer le socle commun de connaissances et de compétences est jugée peu satisfaisante.
2-1 Les nouveaux
programmes devront respecter un cahier des charges précis :
ils devront intégrer le socle commun de connaissances et de compétences.
Ils fixeront les contenus à enseigner pour
chaque année scolaire dans le cadre des cycles. Clairs
sur les objectifs à atteindre, compréhensibles par
tous, ils ne comporteront pas d’injonction
propre à limiter la liberté pédagogique du maître
garantie par la loi.
2-2 La répartition des enseignements
doit donc se faire à partir de blocs horaires
qui donneront une priorité absolue à l’apprentissage
de la langue française tout au long de la scolarité
primaire. Ces blocs horaires pourront se décliner avec des variantes
selon les années de la scolarité. 24 heures hebdomadaires
pleinement utilisées, sans détours inutiles, permettent
d’enseigner à un élève de l’école
primaire tout ce qui lui est indispensable pour réussir au collège.
2-3 Parce qu’ils ne doivent pas être
réservés aux seuls experts, les programmes d’enseignement
du primaire seront soumis à l’avis de la commission
des Affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée
nationale et de la commission des Affaires culturelles du Sénat.
3°) Construire des outils fiables pour l’évaluation régulière des acquis des élèves :
3-1 Dans chaque classe
l’évaluation des élèves est
assurée tout au long de l’année par
le professeur. Elle relève de sa responsabilité, et sert
à repérer le degré de maîtrise des savoirs
et des compétences, mais aussi les difficultés de compréhension
et d’apprentissage.
Elle sera régulière et systématiquement communiquée
aux familles, en les informant des réponses prévues pour
remédier aux difficultés.
3-2 Les professeurs des écoles
auront accès à de nouveaux outils d’évaluation
diffusés sur la banque nationale qui sera notablement renforcée.
3-3 Il faut également se donner
les moyens de connaître et de faire connaître quels sont les
acquis des écoliers français à des moments clefs
de leur scolarité, notamment par rapport aux pays comparables.
C’est pourquoi seront créées deux évaluations
nationales témoins qui serviront à mesurer les acquis des
élèves au CE1 et au CM2.
Ces évaluations seront conçues par rapport aux paliers du
socle commun. Elles seront construites à partir des connaissances
et des compétences légitimement attendues à ces niveaux
de la scolarité. Le résultat de ces évaluations
sera communiqué aux familles.
Elles seront menées au milieu de l’année scolaire
afin que les professeurs des écoles aient le temps nécessaires
pour organiser leur enseignement. Leurs constats seront rendus publics
et permettront d’apprécier l’évolution de la
réussite du système éducatif. Pour les élèves
de CM2, il ne s’agira en aucun cas d’un examen d’entrée
en 6ème. L’horizon de l’école primaire, c’est
le brevet des collèges puis l’accès au baccalauréat,
pas le retour au certificat d’études primaires.
3-4 Le niveau obtenu lors de ces évaluations
mais surtout les progrès accomplis par les élèves
et mesurés par ces évaluations constitueront le véritable
indice de réussite de la politique scolaire. Les bonnes pratiques
qui aboutissent aux meilleurs résultats seront valorisées
et mutualisées.
4°) Evaluer autrement les professeurs des écoles :
4-1 Il faut changer de
logique et, d’abord, faire confiance aux maîtres
pour mettre en œuvre les choix pédagogiques qu’ils estiment
les meilleurs. Ce qu’on appelle la liberté pédagogique
n’est pas un vain mot. Elle est inscrite dans la loi. Cette
liberté implique une responsabilité car, en matière
pédagogique, tout choix a des conséquences sur l’apprentissage
des élèves.
4-2 L’évaluation
des professeurs des écoles doit être redéfinie : pour
ne plus s’attacher seulement à la méthode pédagogique
de l’enseignant mais intégrer les progrès
des élèves.
4-3 L’évaluation des
enseignants du 1er degré sera plus fréquente
et régulière. L’inspecteur de l’Education Nationale
sera responsable de la mise en œuvre des objectifs nationaux. L’évaluation
et la réussite des personnels enseignants de sa circonscription
constitueront ses objectifs prioritaires.
4-4 En cas de difficultés professionnelles
avérées ou de besoin de perfectionnement, le professeur
des écoles bénéficiera d’une formation professionnelle
adaptée.
5°) Consacrer un temps de travail adapté à chaque élève en difficulté :
L’école primaire française, dans sa configuration actuelle, ne parvient plus à assurer la réussite de tous les élèves. Le nombre d’élèves en très grande difficulté reste désespérément stable autour de 15 % des élèves et notre position relative dans les enquêtes internationales a même tendance à se dégrader comme le montreront les prochains résultats de l’enquête PIRLS. C’est un très sérieux sujet de préoccupation qui doit conduire à de nouvelles solutions.
5-1 La création de
la semaine scolaire de 24 heures permet, pour la première fois,
d’instituer une aide personnalisée pour chaque élève
en difficulté sur un temps spécifique de
deux heures hebdomadaires. Cette aide vise la réussite
scolaire. Ce temps sera inclus dans les horaires de service
des professeurs des écoles.
5-2 Le traitement de la difficulté scolaire
comprendra plusieurs étapes successives. Pour commencer, les
difficultés repérées par le professeur sont d’abord
traitées dans le cadre de la classe.
Si elles sont plus lourdes, elles donneront lieu à une prise en
charge complémentaire grâce aux deux heures dégagées,
en accord avec la famille .
5-3 L’accueil se fera par petits
groupes, en dehors des horaires de classe collective. Comparées
au nombre moyen d’heures de cours supplémentaires assurées
par des entreprises privées hors du temps scolaire, les deux heures
hebdomadaires qui seront dégagées apparaissent comme un
progrès indiscutable. La relation qui sera alors établie
entre le professeur et l’élève ne sera pas comparable
à un enseignement en classe habituelle : la réussite
scolaire passe nécessairement par cette attention
particulière aux problèmes de chacun.
5-4 L’organisation de ce temps de réussite
scolaire doit se concevoir en laissant toute sa place à l’autonomie
et à la responsabilité des équipes mais également
en évaluant les résultats obtenus et les progrès
accomplis par les élèves.
5-5 Dans les cas où ces remédiations
n’auront pas suffi, il sera proposé à tous
les élèves présentant en fin d’école
primaire de grandes difficultés dans la maîtrise du langage,
de la lecture ou de l’écriture, un stage de remise à
niveau entre la fin du CM1 et le commencement de la scolarité au
collège. Ces stages pourront se dérouler pendant
les vacances et seront assurés par des enseignants volontaires
qui recevront une rémunération complémentaire à
cette fin. Ces séquences doivent permettre à l’élève
d’entrer au collège avec les connaissances essentielles dans
les domaines du langage, de la lecture et de l’écrit.
5-6 Dans les écoles enfin, où
la difficulté scolaire est la plus récurrente,
le principe « plus de maîtres que de classes »
pourra être retenu et la relation avec les familles renforcée.
6°) Renouveler les missions de l’école maternelle :
6-1 Les missions de
l’école maternelle seront redéfinies en fonction des
âges d’accueil. L’école maternelle française
résulte de choix historiques spécifiques à notre
pays. A la fonction de garde du 19ème siècle s’est
ajoutée une fonction éducatrice, enfin l’école
maternelle est devenue un lieu d’apprentissage.
L’école maternelle doit jouer tout son rôle dans la
réussite scolaire. Il n’est pas envisageable qu’elle
soit réduite à une fonction de garde pour de très
jeunes enfants qui ne retirent aucun bénéfice mesurable
d’une scolarisation trop précoce. Aussi, dans les domaines
de l’apprentissage du langage, du développement physique
et de l’autonomie, une véritable progressivité sera
mise en œuvre de la Petite section à la Grande section, en
fonction des besoins de chaque enfant.
6-2 Il faut donner à l’école
maternelle un programme qui respecte mieux sa spécificité
en matière pédagogique et, comme pour l’école
élémentaire, un programme compréhensible par tous.
C’est à l’école maternelle que les enfants deviennent
des écoliers. Ils apprennent les règles de vie collective,
font une première découverte du monde qui les entoure et
acquièrent une première maîtrise organisée
de la langue parlée et écrite. Ce programme s’attachera
notamment à mieux définir les objectifs de la Grande section
d’école maternelle et ainsi son rôle dans la scolarité.
6-3 Enfin la formation des personnels
enseignants en maternelle doit être renforcée. Il
faut donc que, dans le cadre de la formation initiale, lors des deux premières
années d’exercice, mais aussi en formation continue, de véritables
modules de formation consacrés à l’école maternelle
soient proposés. Ils permettront aux nouveaux professeurs des écoles
de se doter des outils nécessaires à l’exercice de
leur métier.
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