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Rapport Bentolila

 

Vocabulaire… parole, parole, parole !

Visiblement notre ministre ne semble pas pressé de faire ses cartons.
Voici donc le dernier rapport, et la circulaire suivra.
Après avoir été sommés de faire du calcul mental, voilà qu’arrive l’injonction de nous remettre au vocabulaire et d’enrichir le langage de nos élèves.

Quelque soit l’intérêt de ces rapports, on peut ressentir une gêne face à ce double message. Message 1 : Voilà ce que vous devez faire. Message 2 : Voilà ce que les enseignants de vos enfants ne font pas. Le message 2 nous semble avoir plus de résonance que le message 1.

En effet, quand on demande publiquement aux enseignants de faire du calcul mental, on laisse comprendre que ce n’est pas ce qu’ils font. Qu’on mette le doigt sur un enseignement qui peut sembler insuffisant ou délaissé est légitime, mais n’est-ce pas là le travail des inspections ou des équipes pédagogiques ? A-t-on besoin d’un rapport et de la circulaire à lire sur l’Express, le Point, le Figaro avant le BO, pour montrer au bon peuple que les enseignants sont repris en main, et vont se mettre finalement à faire leur travail ?

Dans son rapport, Bentolila souligne l’importance de l’oral, et en effet l’école maternelle a un rôle essentiel dans ce processus d’enrichissement.
Il rappelle cette évidence : on n’apprend bien à lire qu’en sachant bien parler.
Pour notre part nous pensons aussi qu’il est essentiel que nos élèves aient en face d’eux des adultes qui ont un langage soutenu et riche. Un enseignant ne trouve pas qu’une copie est « géniale » et que le dessin du petit Ludo est « super » : s’il n’a que ça à en dire, alors nous ne sortirons pas de cette “novlangue” triviale. Nous sommes bien d’accord avec notre ministériel linguiste : Ce n’est pas respecter les élèves que de parler comme eux au nom d’une connivence de façade.
Reformuler et expliquer les mots que nous employons n’est jamais une perte de temps.
C’est bien l’école qui précise le langage, donne l’envie des mots. D’ailleurs ce n’est malheureusement souvent que l’école.

On peut être d’accord avec Bentolila sur la nécessaire progression. La découverte aléatoire de mots nouveaux est source d’inégalité entre les classes. Mais que propose d’autre ce rapport ? Et bien, en fait, rien de vraiment transcendant.
Concrètement Bentolila préconise un mot par jour en maternelle, 365 mots dans l’année, (Monsieur Bentolila nous accorde un jour de repos par année bissextile !) C’est ignorer tout le travail que font les collègues de maternelle sur l’oral, elles sont loin de se contenter d’un mot par jour, cela nous semble une proposition simpliste et méprisante à leur égard.
Ces recommandations ne sont pas révolutionnaires et ne bouleverseront pas nos pratiques.

En conclusion, il n’y a rien dans le constat avec quoi on peut être en désaccord, mais rien de nouveau non plus. Quand aux réponses apportées, elles ne brillent pas par leur originalité. Ce rapport a tout de même l’intérêt de pointer le déficit et les limites des programmes 2002 et de mettre l’accent sur l’importance d’une progression.
Le fameux, 1 mot par jour en maternelle, semble plus un effet d’annonce qu’autre chose. Qu’on augmente le temps de l’enseignement du français, en primaire comme au collège, qu’on redéfinisse et précise les programmes, nous semble plus prioritaire que ces rapports qui se suivent et qui ne déboucheront sur rien d’autre que de faire parler avant de passer à autre chose et creuser le fond de suspicion dont nous faisons les frais.

P. CHARBONNEL et E. DI DONFRACESCO
SNE 69

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