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Conseil supérieur de l'Education
Déclarations de la C.S.E.N. le 2 avril 2007

 

HORAIRES, PROGRAMMES, LIVRETS DE COMPETENCES

Le Conseil Supérieur de l’Education se réunissait lundi 2 avril pour traiter en particulier de la nouvelle grille horaire en élémentaire, des programmes modifiés pour le primaire et des livrets de compétences pour l’élémentaire et le collège, le tout pour la rentrée 2007 et les mois suivants.

Horaires des écoles élémentaires

La CSEN constate que l’on ne sort pas des logiques antérieures.

  • Le totem de la transversalité reste planté au milieu du terrain du pédagogisme si cher aux défenseurs du dogme de l’enfant au centre du système éducatif
  • Les horaires affichés dans la nouvelle grille sont relatifs dans la mesure où ils ne tiennent pas compte des 10% de temps de récréation. En clair, quand on affiche 10 heures de « grammaire » (n’en déplaise aux adeptes de l’étude de la langue française), il n’en reste que 9 pour travailler en classe. Avec des horaires globaux de 26 heures alors qu’ils atteignaient 27 voire 30 il y a une ou deux générations et les exigences réduites d’autant de réformes en ajustements des programmes, il semble logique que les compétences visées par le « socle commun de connaissances » soient minimalistes pour assurer quelque chose entre le RMI culturel et le SMIC scolaire. Je crains que les faits, dès 2008, nous donnent raison.
  • La question de l’enseignement des langues vivantes est révélatrice de la méthode Coué dont cette grille est une illustration. Ainsi, 90 minutes dès le CE1, dès septembre 2007, quand le cycle 3 n’est pas couvert à 100% et, très souvent, un choix proposé aux élèves et aux familles qui se situe entre l’anglais de cuisine (si je peux oser la formule) et le fameux « globish » (global english), montrent bien qu’il y a du chemin à parcourir. En attendant, ce sont bien les professeurs dans les écoles qui sont les interlocuteurs des parents dubitatifs, pas les concepteurs de la grille des cycles 2 et 3.

Ainsi, sauf à travailler dans des classes plus homogènes ou à viser simplement « la moyenne  » des acquis du socle commun, on ne voit pas comment les programmes pourront être absorbés par 100% des élèves d’une génération. Par ailleurs, l’autre dogme de l'hétérogénéité des classes conjugué avec l’absence de réalisme quant au réel niveau des élèves laissent les professeurs en porte-à-faux. Ils sont trop souvent tenus pour responsables des échecs scolaires alors que c’est l’institution, par le refus de toute émulation, qui conduit tant d’élèves à se désintéresser de leur scolaité. Dans le même temps, on raconte aux familles que le déclic viendra bien un jour et que, de toute façon, tout un chacun finira bien par bénéficier d’une qualification dont personne n’ose prédire la véritable valeur en termes d’emploi et de rémunération.

En conclusion, la grille proposée n’étant le reflet d’aucun réalisme, nous ne participerons pas au vote.

Votes du CSE
3 non participation au vote (dont CSEN-SNE et CSEN-SNALC), 6 abstentions, 6 pour et 41 contre.

 

Les programmes de l’école élémentaire

La CSEN indique qu’elle aurait préféré voir inscrit dans le préambule « le soutien actif des parents » plutôt que leur simple « appui ».

La CSEN aurait également préféré que soit mieux affirmé le principe que se trouvent, au centre du système, la transmission des savoirs, les apprentissages et les connaissances plutôt que l’élève, ses attitudes et ses compétences.

La CSEN ne relancera pas aujourd’hui la bataille idéologique sur fond de démagogie qui oppose « grammaire  » et « étude de la langue ». Tout le monde sait ici que les mots, les phrases et les discours servent autant à expliciter une pensée dans certains cas alors que, dans d’autres cas, ils sont manipulés pour obscurcir ce que l’on veut maintenir dans le domaine de l’abscons. Quelques passages dont je vous fais grâce dans les 70 pages de ces programmes sont révélateurs du parti pris pour la seconde option (Maîtrise du langage et de la langue, objectifs, page 4 : Le travail mené sur l’acquisition de la conscience phonologique, puis phonémique, sur l’appréhension progressive du principe alphabétique se poursuit au CP pour les élèves qui n’en ont pas une réelle compréhension). Espérons que les 10 millions de parents s’y retrouveront comme les collègues d’élémentaire.

La CSEN comprend bien pourquoi le ministère n’attend que l’appui des parents et non leur soutien actif tant ces programmes pourront paraître indigestes à la lecture et sujets à interprétation dans leur mise en œuvre.

Cependant, malgré ces quelques objections de bon sens, dans ce monde d’imperfections, la CSEN note que l’écriture de ces programmes, sous le prétexte de mise en conformité avec le socle commun de connaissances et les livrets personnels de compétences marque bien un réel progrès par rapport à 2002. Pour l’ensemble du 1er degré, nous avons bien perçu la volonté d’intégrer les contenus des divers et récents textes réglementaires parus sur la lecture, la grammaire, le vocabulaire, la numération, les opérations ou le calcul. Ces dispositions attendues qui marquent une évolution positive dans une suite de dérives idéologiques depuis trop longtemps sont à apprécier à la fois pour ce qu’elles fixent comme objectifs mais aussi, et j’oserais même plus encore, en ce qu’elles réhabilitent enfin les collègues injustement dénigrés et stigmatisés par certains formateurs et inspecteurs pour cause de syllabique ou d’exercices structuraux et répétitifs.

En conclusion, malgré un dispositif global timide, encadré par une Loi Fillon qui n’a pas voulu défaire la Loi Jospin, nous estimons que ces programmes sont un progrès et nous voterons pour.

Votes du CSE
8 Pour (dont CSEN-SNE, CSEN-SNALC, CSEN-FNSAESR, PEEP, CFTC…), 23 contre (dont FSU), 12 abstentions (dont UNSA et FCPE) et 4 non participation au vote (dont SGEN et CFDT)

Les livrets de compétence

La mise en place dès la prochaine rentrée du socle commun de connaissances impose la création de livrets de compétences en sus des livrets scolaires en primaire et des bulletins au collège.

Au delà du livret scolaire « papier » actuel qui, d’une classe à l’autre ou d’une école à l’autre peut comporter 2 à 10 pages et parfois plus, au delà des évaluations nationales de CE1 et de CM2 dont nous approuvons l’instauration, on surcharge les professeurs avec une tache supplémentaire sans leur donner de temps institutionnel supplémentaire pour l’accomplir dans de bonnes conditions.

Sur le fond, les livrets de compétences indiqueraient des éléments acquis du socle mais les validations pour ces acquis relèveraient de la subjectivité relative au niveau des élèves de la classe ou de l’école ou du collège. Pourquoi ne pas avoir retenu pour ces validations d’éléments des piliers du socle des référentiels nationaux comme pour les évaluations de CE1/CM2 ?

Encore sur le fond, nous admettons mal que soient mis sur le même plan d’importance des acquis relatifs à la grammaire ou au calcul et des compétences sociales, la sécurité routière, les premiers secours ou la natation. En effet, ces compétences utiles et respectables ne déterminent que très modestement l’avenir des élèves pour leur réussite aux examens et l’accès aux concours les plus intéressants.

A ce rythme on peut craindre qu’un jour on ne soit amenés à prendre en compte des capacités à (ne pas) fumer en classe, à (ne pas) organiser une manifestation ou à (ne pas) contester un cours et son professeur ; ceci n’est plus de la fiction.
Enfin, la précipitation du ministère nous contraint à nous prononcer sur des livrets dont nous ne connaissons ni la forme ni le contenu exact ni les items de validation puisqu’on nous dit que cela fera l’objet de discussions… à l’automne !

Pour ces raisons, tant de forme que de fond, les syndicats de la CSEN voteront contre ces textes.

Votes du CSE
31 contre (dont CSEN-SNE, CSEN-SNALC, CSEN-FNSAESR et SGEN, UNSA, FSU, CGC, FO, FCPE…), 1 pour (CFTC) et 2 abstentions (PEEP)

Jean-Marc DEVÔGE

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