
Position sur le rapport « grammaire » de A. Bentolila
Le débat semble plus sain que sur la lecture. On retiendra des choses importantes : Tout le passage où est souligné que la mauvaise compréhension de la grammaire (détermination, structure de la phrase) entraîne une mauvaise compréhension du texte ainsi qu'une mauvaise maîtrise de l'oral est intéressant, quoique parfois convenu voire pompeux.
Il propose une simplification de la terminologie, oui
mais cela ne concerne pas vraiment l'école primaire : le schéma
actanciel on ne l'utilise pas encore, par contre il faut surtout que tout
le monde ait la même et qu'on réfléchisse sérieusement
sur les notions indispensables à connaître en fin de cycle
3.
Il préconise plus de temps et là je suis totalement d'accord,
une heure et demie par semaine c'est trop peu d'ailleurs personne n'y
arrive, c'est à notre avis le plus gros problème, après
qu'on appelle ça ORL ou grammaire c'est du détail
Pour la progression, oui nous pensons qu'il faut aller du simple au complexe mais n'est-ce pas ce qu'on fait déjà ?
Bentolila dit :
On a sacrifié inconsidérément la progression
rigoureuse, seule garante d'un apprentissage efficace, en abandonnant
l'articulation logique de l'apprentissage au profit de la rencontre aléatoire
de textes.
On n'a malheureusement jamais reçu les documents d'application en ORLF. Mais le projet est cependant disponible sur le site http://orlf.free.fr. Si on s'y penche on voit qu'une progression est proposée et qu'il n'est nullement question de découverte aléatoire :
Citons :
... Ils supposent une programmation des activités et des contenus.
Certes, dans la langue tout fait système, chaque mot est en relation
étroite avec les autres et il est donc difficile d'établir
une progression linéaire rigoureuse.
Toutefois, une programmation est possible et absolument nécessaire
à l'organisation des enseignements.
Ces activités sont programmées a priori pour l'ensemble
du cycle, en ménageant des retours et des approfondissements.
Exemple : distinction nom/verbe marques d'accord...
relation sujet/verbe... orthographe des finales verbales en /e/ s'écrivant
é, és, ées, er, ez etc.
Bentolila
Pour chaque leçon, on présente des phrases propres à
mettre en évidence un mécanisme, on invite à la manipulation
et à la réflexion et on propose enfin des exercices systématiques
afin de faire maîtriser ce fait grammatical.
Ca semble une synthèse de bon sens entre l'observation réfléchie et l'entraînement systématique.
Ce n'est pas parce que nous préconisons de respecter une programmation logique des leçons de grammaire que nous repoussons le choix pédagogique de l'observation, de la manipulation et de la réflexion. Loin de nous l'idée qu'une leçon de grammaire se réduirait à asséner une règle et à l'illustrer par un exemple.
Ce passage montre que Bentolila n'est pas pour un retour en arrière comme on a pu l'entendre.
Nous sommes aussi d'accord pour dire que la grammaire doit être travaillée comme une matière à part et non pas en liaison avec la littérature, cela nous semble du bon sens. Effectivement il faut travailler sur les phrases et des textes choisis pour ce but et laisser la littérature pour ce qu'elle doit être et avant tout le plaisir du texte. Décortiquer une lecture semble travailler contre la littérature et de surcroît on est plus dans la stylistique que de la grammaire et ce n'est vraiment pas pour le primaire.
Grammaire de phrase ou de texte ?
Il est difficile de comprendre la distinction que fait Bentolila, pourquoi
opposer les deux ?
Tout dépend de ce qu'on veut faire. Si on travaille les groupes,
les natures et les fonctions, si on analyse les structures, autant travailler
sur des phrases prévues à cet effet, mais quand on travaille
sur les pronoms, les substituts, la ponctuation, l'emploi des temps on
a besoin du contexte. Mais là aussi, il faut des textes à
cet usage.
La progression proposée par Bentolila paraît tout à fait pertinente, au cycle 2 pas de grammaire analytique mais simplement une grammaire pour manipuler et comprendre et en laissant la classification et l'analyse au cycle 3.
Il insiste sur une progression qui évite de revenir de la même façon sur les mêmes notions (refaire les mêmes leçons en CE2 et CM1) mais plutôt les approfondir. Il est donc indispensable de proposer une vraie progression annuelle au lieu d'une progression de cycle.
En conclusion
Nous trouvons ce rapport très intéressant, même s'il
fait un mauvais procès aux programmes d'ORLF de 2002 qui ne sont
pas complètement à jeter mais plutôt à développer
et compléter, il faut aussi simplifier certaines démarches
et insister sur la progression. Il est vrai que les jeunes enseignants
qui n'ont pas un cursus littéraire ont peut être du mal avec
cette matière et s'ils essayent d'appliquer l'ORLF sans recul au
grès des textes rencontrés c'est une catastrophe pour les
élèves en difficulté mais il faut, là aussi,
une vraie formation.
Ce qui manque surtout c'est du temps pour travailler la grammaire, temps
que certain prennent en trichant sur les emplois du temps, mais que de
différence pour les gamins, entre ceux qui ont un prof qui fait
une grammaire structurée et ceux qui s'en tiennent à 1h30.
Donc Bentolila a raison, il faut que les instructions officielles augmentent
et structurent ce temps d'apprentissage de la langue.
Circulaire sur la grammaire
Le SNE-CSEN accueille favorablement la circulaire sur la grammaire inspirée du rapport Bentolila. Temps spécifique imparti, progressions particulières adaptées, simplifications prévisionnelles des termes et démarche logique du plus courant au plus rare devraient permettre aux collègues de repréciser un essentiel qui n'a peut-être jamais été oublié. L'harmonisation indispensable des pratiques est clairement spécifiée. De la même manière, le travail particulier de la discipline (avec l'orthographe, la conjugaison et le vocabulaire) est une mise au point qui devrait permettre aux enseignants de travailler sereinement leur sujet en dehors de certaines pressions parfois exercées pour un mélange des genres qui a pu éloigner de la littérature elle-même.
Cette reprise de cap sera sans doute appréciée par les professionnels du terrain qui se sentaient quelque peu égarés par l'absconse ORLF. Rappelons toutefois que la pédagogie ne nous semble pas être la panacée des maux et malaises de l'école. Le « courageux » traitement de la grammaire inspirera-t-il le problème du respect des maîtres, les suppressions de postes, le cancer de la violence à l'école, la direction et les salaires, les retraites et l'adaptation des établissements à notre époque ?